France Libre

C’est donc le nom de notre futur porte-avions. Au départ, j’ai eu très peur qu’il s’appelle « Dieu parmi nous. » Bon, comme dirait l’autre, c’est toujours mieux que si c’était moins bien.

Cela dit, la liberté se déclinant sous toutes ses formes, permettez-moi de vous livrer quelques pratiques constatées dans mon métier de détective privé.

En partance pour une enquête en Ile-de-France, je fais timidement mon plein de gazole, les yeux rivés sur le défilement des chiffres de la pompe à essence. Mon salaire s’évapore avant même le démarrage des investigations. J’ai appris que les autorités refusaient de compenser le prix du carburant comme celui du gaz.     « Le pouvoir, c’est d’infliger douleur et humiliation » écrivait Orwell.

Pour survivre, il faut parfois renoncer à sa liberté.

Pressé de rentrer chez moi pour rédiger un rapport d’enquête, j’écoute un média relayant la colère d’un responsable politique à l’encontre d’un député refusant de considérer l’insécurité en France comme un « sentiment » :
« Mille six cents postes de policiers supplémentaires pour cette année ! Qu’attendez-vous pour agir plutôt que de bloquer, plutôt que d’entraver ? […] Ce double discours est insupportable de vous voir faire le recel de cette émotion ! Et lorsque nous prenons nos responsabilités pour donner des moyens aux policiers, aux gendarmes… J’ai porté l’uniforme de la gendarmerie ! »

Alors j’ai fait ma petite enquête. J’ai appris que cet homme à tête de bénédictin avait effectivement porté l’uniforme de la gendarmerie, d’abord comme sous-lieutenant de réserve par décret du 26 juillet 2011, pour terminer 6 ans après, en 2017, colonel dans la réserve opérationnelle. Un parcours exceptionnel, qu’un officier d’active mettrait au moins vingt ans à accomplir. Aucune source publique fiable ne donne, à ma connaissance, de liste vérifiable de missions individuelles pouvant justifier une ascension aussi fulgurante. A croire que son passage en gendarmerie a été aussi rapide que pour son Master. Qu’il n’a d’ailleurs jamais obtenu.

Mais revenons à nos moutons. Que pense un détective privé de l’augmentation des effectifs de la police et de la gendarmerie ?

Ne croyez pas que cette question ne nous concerne pas. Pour de nombreuses missions comme la recherche de personnes ou l’enquête d’assurance, un enquêteur privé est régulièrement au contact des forces de l’ordre, ce qui pourrait justifier un avis, et même, pourquoi pas, un avis éclairé sur cette question.

Avant de devenir agent de recherches privées, j’avais une petite idée de la réponse.

Lors des dernières élections présidentielles, je me souviens que mon voisin, très âgé, avait décidé de me faire une procuration pour éviter un déplacement inutile jusqu’aux urnes. Quelques jours plus tard, une estafette de gendarmerie stationnait devant chez lui. Deux gendarmes confortablement installés faisaient la discussion au salon. L’ambiance était bonne et mon voisin, qui voyait très peu de monde, était ravi. Autour de quelques biscuits, la maréchaussée venait vérifier qu’il n’était pas victime d’un abus de faiblesse.

Pas de liberté sans discernement.

Peut-être que le doute aurait pu être levé en discutant avec lui par téléphone ? Ce type d’appréciation clinique et d’orientation thérapeutique d’urgence existe par exemple avec le numéro vert dédié à la prévention du suicide.

Chaque été, des gendarmettes à cheval font le tour de mon quartier. Elles ne lèvent pas le doute mais font ce qu’on appelle de la prévention. La brigade équestre communique en gilet jaune. On rassure les habitants en leur expliquant que leurs impôts servent aussi à donner du foin à des pauvres bêtes incapables de rédiger un procès-verbal. J’attends avec gourmandise le passage à grande vitesse d’un scooter impliqué dans un vol à l’arraché. Du canasson ou de son cavalier, lequel des deux se retrouvera par terre le premier ?

La liberté a un prix.

Sur la route, je croise régulièrement un véhicule break banalisé avec deux agents à l’intérieur. Embarqué sur la plage arrière, un radar discret flashe les automobilistes roulant au-dessus des vitesses autorisées. A l’heure où la dette publique frise des sommets, cette pratique pourrait devenir Grande cause nationale, comme la santé mentale. De sa main gauche, l’homme tient un magazine (je n’ai pas réussi à voir où était la main droite). Côté passager, fauteuil incliné pour réduire les risques psychosociaux générés par un travail anxiogène, le voisin navigue, pouce en avant, sur l’océan sans fin de son smartphone. Bien que l’heure soit souvent très matinale, je n’ai jamais osé leur apporter des croissants. Confinés dans leur véhicule, ils jouissent d’une liberté sans faille : celle d’appartenir à un autre monde où le bonheur des uns fait le malheur des autres…

Si donc nos élus étaient davantage sur le terrain, ils comprendraient que l’urgence sécuritaire n’est pas l’augmentation des effectifs. Au contraire, avec un peu d’efficience, on pourrait même les réduire. Si nous voulons aider nos policiers et gendarmes, peut-être conviendrait-il de les laisser travailler ? Par exemple en leur faisant confiance. A condition de tailler dans le code pénal et le code de procédure pénale. Ainsi, lorsque la France sera enfin gouvernée, le commandement des hommes se substituera à la tyrannie des lois et des procédures en tout genre qui font le régal des avocats sans scrupule. Et le malheur des OPJ. Pour eux, aucune liberté d’action.

Dans bien des enquêtes, le poids de l’étau bureaucratique saute aux yeux : le détective y avance comme il peut, enlisé dans les rouages de l’appareil judiciaire.

Laissez-moi vous présenter rapidement Sarah.

Son véhicule assuré au tiers subit un sinistre matériel qu’elle n’a pas les moyens de réparer. Sarah décide d’envoyer la facture à l’assurance. Elle déclare le véhicule volé dans le 20ème arrondissement de Paris, où elle réside, en précisant que le vol est survenu en allant voir une copine à Champs-sur-Marne. En voulant suivre la procédure, j’appelle le commissariat à Paris qui me renvoie vers le lieu de commission des faits, à Champs-sur-Marne donc. J’appelle ce commissariat qui me renvoie à son tour vers celui de Torcy où est centralisé le secrétariat judiciaire. Alors j’appelle le secrétariat judiciaire de Torcy qui me renvoie vers le tribunal judiciaire de Meaux où la plainte a été transmise en vaine recherche (pourquoi, d’ailleurs, y aurait-il une enquête par la police de Torcy puisque les faits ont eu lieu à Champs-sur-Marne ?).

Dans le discours officiel des ambassadeurs du système, on appelle cela le continuum de sécurité. Dans les faits, j’appellerais plutôt cela une bordélisation institutionnalisée dont le fameux LRPPN, logiciel utilisé par la police nationale pour rédiger les procédures, est le sommet. Lorsque j’interroge un policier, j’entends souvent la même réponse : « Attendez, ça mouline… ». Et parfois, ça mouline tellement bien que l’ordinateur de mon correspondant plante. Game over. A croire que le matériel informatique de nos forces de l’ordre est financé par des groupes pharmaceutiques pour encourager les ventes d’anxiolytiques.

Quelle liberté pour un agent travaillant dans ces conditions ?

Trop de requêtes sur un serveur, c’est comme un excès de roquettes sur les Gardiens de la Révolution. Même à jouer les volcans éteints, il suffit de lever un peu les yeux pour apercevoir quelques volutes de fumée s’échapper du cratère…

Ne soyons pas négatifs toutefois. Tout ne va pas mal. Le culot, lui, se porte bien.

Dans un appartement cossu d’un quartier chic, une parisienne me reçoit à l’occasion d’un dégât des eaux déclaré en 2023. Son histoire sentait bon l’exagération du préjudice. La mine défaite et le regard éploré, elle me partage sa grande difficulté depuis que l’assureur a eu la mauvaise idée de bloquer son dossier. D’ailleurs, quel intérêt de répondre à un détective privé si ce n’est de tout faire pour ne pas l’indemniser ? En outre, cette affaire a généré un drame dans sa vie : impossible de réserver l’hôtel de ses rêves pour partir en vacances. Sa souffrance était incommensurable.

Pendant l’audition, je pensais au projet de loi sur la fin de vie dont l’exposé des motifs repose notamment sur « le droit de ne pas souffrir, car la souffrance n’est pas inévitable et encore moins nécessaire. » Une formulation à valider à condition d’appartenir soi-même à une lignée bénie des dieux où les doigts de pieds des hommes ne foulent que du velours et où les femmes, depuis des siècles, accouchent secrètement sous péridurale. Aussi, je lui aurais bien proposé « cette grande loi de fraternité » pour lui éviter de souffrir. Mais elle était encore trop jeune et surtout fermement désireuse de toucher son chèque.

Pour elle, la liberté, c’est profiter de la vie.

Tout cela pour vous dire que j’ai trouvé le nom de notre futur porte-avions plutôt inspirant.

L’actuel Charles de Gaulle ayant interdiction de faire la guerre, je me suis pris à penser qu’on aurait pu économiser la construction d’un nouveau mastodonte. Et si d’aventure ce bâtiment défensif devait un jour prendre les eaux, on pourrait organiser une grande fête démocratique et le peindre tout en rose, comme les nouvelles plaques d’immatriculation provisoire. J’imagine déjà nos futurs avions de chasse peints aux couleurs de l’arc-en-ciel et nos marins à plume rompus aux exploits sportifs publiés sur Strava. Un beau sapin de Noël en perspective pour ceux qui scrutent l’horizon, à la recherche d’une cible alignée dans le réticule…

Mais restons sérieux pour le moment.

A bien y réfléchir, le choix de France Libre est éloquent et résonne comme un symbole. Cette France Libre reste à construire. Et n’existera qu’après avoir pris le large, en exil sur les eaux internationales, loin de la métropole, de ses querelles intestines et de son insupportable carcan administratif. Des écueils pouvant donner envie au détective privé, lui aussi, de mettre les voiles…


Cabinet Raspail – Détective privé présent à Paris et Angers. Enquête sur toute la France.
Domaines d’intervention : fraude à l’assurance, recherche de personne, enquête de solvabilité, escroquerie, enquête de moralité, enquête familiale, déloyauté du salarié etc. Filature et surveillance sur tout dossier dont la légitimité est avérée.