2026 : une année utile ?

Le communiqué de l’Élysée pour les vœux aux Français s’est invité par accident sur l’écran de mon téléphone portable : « Cette année doit donc être et sera une année utile. »

C’est admettre implicitement que l’utilité reste un problème à résoudre.

Mes amis québécois auraient répondu : « C’est correct. »

« Grâce à l’engagement de tous, grâce à vous, nous tenons. Oui, notre pays tient. » est-il écrit plus loin. C’est assez vrai aussi. D’ailleurs, Nicolás Maduro aurait pu écrire la même chose pour son propre pays juste avant de devoir quitter précipitamment son palais présidentiel en pyjama.

Tout est relatif…

Enquêteur privé pour les compagnies d’assurance ou détective privé pour le compte de particuliers, nous sommes souvent en première ligne pour constater le décalage entre les discours officiels et le réel.

Au palmarès de l’année écoulée, j’ai un petit faible pour Tony, un type formidable de 27 ans. Sur son formulaire de déclaration d’accident, il se dit plombier. En décembre dernier, il est impliqué dans un carambolage sur l’autoroute avec son Land Rover. Alors très vite, comme il roule évidemment sans permis, il souscrit un contrat tous risques et déclare ensuite son sinistre. Depuis 2021, Tony cumule les véhicules et les accidents sans éveiller l’attention : Audi A4, Audi TT, BMW série 5, Audi Q5, Audi Q7.

Un dieu de la plomberie, ce Tony. Pour identifier les fuites de notre système à bout de souffle et siphonner nos cervelles endormies, c’est le roi.

Je ne voudrais pas oublier Bilal, dans le style beaucoup moins chanceux. Bilal déclare le vol de sa voiture, un véhicule sans intérêt mais qui lui tenait à cœur. Alors il invente une histoire. Celle d’une consultation médicale dans un hôpital de Seine-Saint-Denis au cours de laquelle son casier contenant ses clefs de voiture aurait été vandalisé. Les résultats de l’enquête sont confondants : pas de casier dans le service, Bilal est inconnu de l’hôpital…

La palme d’or revient toutefois à la secrétaire générale adjointe du CNAPS. Au cours d’un webinaire organisé en novembre dernier sur le référentiel de contrôle des agents de recherches privées, elle est interrogée sur le décompte des agréments délivrés aux détectives privés. Et là, surprise, roulement de tambour, après consultation de son ordinateur, elle annonce tout sourire : « 13 353 cartes professionnelles valides pour l’activité d’agent de protection rapprochée dont 300 avec le port d’armes. » Sauf que APR (Agent de Protection Rapprochée) et ARP (Agent de Recherches Privées) sont deux professions qui n’ont rien à voir…

On devrait contraindre ceux qui ont la sécurité de l’emploi à lire dans les bonnes cases. Au moins pour faire semblant d’être utiles à la nation.

Pour que cette nouvelle année 2026 soit utile, j’aurais quelques propositions, quitte à les faire entériner par un projet de loi :

▪ Réglementer sérieusement la profession de garagiste ;

▪ Interdire le commerce de véhicules aux entrepreneurs individuels ;

▪ Bloquer les comptes bancaires de toutes les sociétés qui refusent de publier leurs comptes annuels au-delà de l’exercice N-2 et interdire à leurs dirigeants tout mandat social ;

▪ Contraindre les banques à se prononcer sur l’authenticité des transactions que certains de leurs clients nous transmettent au relevé de comptes.

Et, pour dissuader la fraude, les assurances devraient signaler aux commissariats toute plainte bidon déposée dans leur service.

Depuis des lustres, la fraude prospère sur le cloisonnement des administrations et des services en tout genre. Prenons un exemple concret. Si une plainte fantaisiste pour vol de véhicule est déposée en commissariat, c’est à la victime — en l’espèce, la compagnie d’assurance — de se retourner contre le faux plaignant.

C’est oublier un peu vite qu’il existe une deuxième victime dans l’histoire.

Une plainte déposée frauduleusement en commissariat ou en brigade de gendarmerie coûte une fortune : temps passé pour la rédaction du procès-verbal, suivi de la plainte par le secrétariat judiciaire, transmission au Parquet etc. Vous convertissez ce temps en équivalent temps plein (ETP) et vous obtenez, sur une année complète et par commissariat, une photographie du nombre de postes que cela coûte au contribuable.

Un tel procédé devrait permettre de sanctionner directement au portefeuille le cuistre ayant immobilisé un agent de police pour une audition factice. Un peu comme au jeu de l’oie. Case 58, tu paies puis retour à la case départ.

Pour en revenir au discours élyséen, un autre passage a également retenu mon attention : « Pour autant, je serai, jusqu’à la dernière seconde, au travail… »

Même si le détective privé a une obligation de moyens et pas de résultats, travailler n’est pas, en soi, un argument de réussite, et j’ai naïvement pensé à un dialogue d’Agathe Rousselle dans le film Cash (Netflix, 2023) :

« Dans votre entreprise, vous virez qui en premier ? […] » demande-t-elle à son patron. S’ensuivent quatre options avec un seul choix possible. Si vous regardez la suite jusqu’au bout, vous comprendrez que la suppression du maillon faible ne répond pas au problème.

C’est tout le système qu’il faut revoir.


Cabinet Raspail – Détective privé présent à Paris et Angers. Enquête sur toute la France.
Domaines d’intervention : fraude à l’assurance, recherche de personne, enquête de solvabilité, escroquerie, enquête de moralité, enquête familiale, déloyauté du salarié etc. Filature et surveillance sur tout dossier dont la légitimité est avérée.